Les origines d’un système atypique
Le Super Britte est le fruit d’une tradition armurière bien de chez nous. Son origine provient du bassin liégeois à l’époque de l’âge d’or de l’armurerie liégeoise.
C’est l’association de deux frères armuriers, Théophile et Lambert Britte qui ont fondé ensemble l'atelier Britte en 1896.
À l’origine, leur atelier était modeste avec quelques employés. Il produisait des pièces d’armes, des fusils et des composants. Avec le temps, l’entreprise se développa, se diversifia et de fil en aiguille, l’atelier des frères Britte devint un nom réputé dans la fabrication de mécanismes de précision.
En 1923, leur atelier réussit à s’associer à d’autres armureries de renom dans le bassin liégeois (dont la famille Jules Bury) pour former les Etablissements Britte. Cette nouvelle structure produisait des « armes en blanc », c’est-à-dire des systèmes mécaniques divers pour différents calibres et types d’armes à destination d’autres fabricants mais aussi (quoique plus rarement) des armes finies sous leur propre marque.
C’est dans ce contexte que le projet « Super Britte » vit le jour. Les frères Britte avaient une volonté d’innover, de sortir des conventions, et de proposer un fusil superposé d’un type inédit.
Un concept déroutant et innovant pour l’époque
Le principal trait distinctif du Super Britte, c’est sa mécanique d’ouverture latéral. Ce système très inhabituel le rend radicalement différent des armes à canons superposés de l’époque, qui eux s’ouvraient en descendant les canons.
En 1931 Théophile Britte s'inspira d'un système développé en 1888 par Dickson et finit par obtenir un brevet pour ce design à ouverture latérale et la production fut lancée en 1932.
Contrairement à l’action habituelle des superposés où la bascule s’abaisse verticalement vers le bas, le Super Britte lui s’ouvre latéralement sur le côté.
Le levier d’ouverture sur le côté de la bascule actionne l’ouverture en même temps que l’armement des chiens/platines.
La conception du système a permis d’obtenir une action d’ouverture très plate et compacte. La hauteur de la bascule est très réduite, presque au niveau des canons eux-mêmes.
Sur le plan mécanique, le verrouillage est extrêmement solide. Le verrouillage est constitué d’un double verrou se logeant à l’intérieur du tonnerre une fois que l’arme est refermée.
La fabrication du Super Britte et les raisons de sa rareté
Les armes signées Britte ne furent jamais produites en très grandes quantités. Selon plusieurs sources, moins de 250 armes en superposé (tous calibres confondus) auraient été fabriqués sous la marque Britte.
Le Super Britte fut produit entre 1932 et 1936 selon plusieurs approximations et d’après l’époque de commercialisation après le brevet 1931.
Les calibres courants furent le 12, 16, 20. Il existe également quelques TRES rares express (notamment en calibre 9,3×74R), ce qui prouve la confiance des concepteurs dans la robustesse de la bascule. Fait anecdotique, un exemplaire en calibre 10 fut également produit.
Après la Seconde Guerre mondiale, la production d’armes s’arrêta faute d’amateurs, à cause de la crise économique mais surtout suite à un contrat pour la production de pièces pour système mauser, plus rentables à l'époque. L’entreprise se réorienta vers la mécanique de précision pour l’industrie.
Aujourd’hui, il s’agit de pièces extrêmement recherchées ce qui explique leur prix élevé sur le marché des armes de collection.
Le Super Britte vu de nos jours, une œuvre de collection et le témoignage d’une ingénierie audacieuse
Le Super Britte n’est plus un fusil courant mais il reste une pièce de collection précieuse.
On le retrouve aujourd’hui dans des ventes spécialisées, des collections privées, voire dans des “trésors oubliés” remis à jour (comme le lot redécouvert dans les caves liégeoises caché durant la guerre et retrouvé en 1990). Voici encore une preuve que l’histoire de l’arme est aussi une histoire de patrimoine.
Ce fusil incarne une période où l’artisanat liégeois cherchait à marier tradition, mécanique de précision, et innovation, un héritage d’une époque où les armuriers rivalisaient d’ingéniosité pour créer des armes aussi belles que fonctionnelles.
Pour un collectionneur, un amateur d’armes anciennes ou simplement pour l'amateur d'histoire, le Super Britte reste une pièce fascinante : rare, ingénieuse, élégante.


